Bilan de santé : excès crabe
Je lui ai dit :
« Il serait peut-être temps… »
Il m’a dit :
« Non ! » sans même me regarder et je m’en
suis allé. La lune n’était pas là : « Normal, a dit
ma compagne, il est 13 heures. »
Bref ! J’y suis retourné, il m’a regardé, je
l’ai regardé. Je lui ai dit dans un an il sera trop tard. Il
m’a dit :
« Dans un an et un jour, il sera à vous. » Je suis
reparti.
La lune était là, normal, 17h47 et nous étions l’hiver.
Nous nous sommes regardés, il m’a tendu un papier :
« Voilà pour mon confrère. Prenez rendez-vous au plus
vite l’an prochain.»
Nouveau docteur, nouveau décor. Je l’ai regardé dans les
yeux, pas lui, il m’a regardé au fond de la gorge en passant
par les narines, il a dit :
« C’est pas beau. » J’ai dit :
« Regardez ailleurs, il y a des coins sympas. » Il
m’a dit :
« Non. Je n’ai le droit que dans ce quartier, je ne
peux pas m’en évader.
- Un ghetto ?
Ai-je demandé…
- Non, une
spécialité.
- - Et ça paye
bien ?
- - De l’ORL en
barre. »
Il m’a tendu à son tour un papier :
« C’est pour mon confrère l’endormiste. »
J’ai dit :
« Merci ! au parlologue, et j’ai appelé la
clinique. »
La dame m’a dit : « c’est
moi. » J’ai dit :
« Moi aussi, vous saurez m’endormir ? »
Elle m’a dit :
« Je suis d’Andorre-la-Vieille… »
J’ai dit :
« Mais là, c’est un vieux. » Elle m’a
dit :
« J’ai appris. »
Bref ! J’ai dormi.
« Pas encourageant ce que je vois…
- Fermez les yeux.
- Fermez votre
gueule !
- Que vous donnait
votre médecin ?
- Des
pastilles…
- Il faut changer son
Gelfucci d’épaule a dit le boss Guelfucci… à
l’hôpital et dare dare. »
Bref ! J’y suis allé, ils m’ont regardé comme
on regarde une dinde huit jours avant noël. Je n’ai rien dit,
ils étaient trop nombreux. J’ai subit. Comme dans
l’arène, ils m’ont piqué, encore et encore. Il était
tard, les picadors s’en sont allés. Le toréador est arrivé.
Il m’a dit :
« Cancer à rien de courir, il faut sourire à point…
vendredi, je vous dis… »
Trois fois sur le métier ils ont remis mon courage. Je dormais,
je ne dormais plus, je dormais, je me réveillais, ils me
regardaient, je les regardais. Ils ont fait des trous en moi, un
GPE, un porte-cathéters, bref je suis un terrain fertile, ils
plantent. Bref ! même les anesthésies ont fait des trous dans
ma mémoire.
Mon oncologue ne s’appelle pas Benjamin, c’est le
docteur Suikidi par sa mère et Guillet par son père, il a regardé
mes cheveux, eux ont regardé ailleurs :
« Vous y tenez ? a-t-il dit.
- C’est plutôt
eux qui tiennent à moi.
- Ils vont
tomber… » J’ai dit :
« Ça tombe mal, en plein hiver. » Il m’a parlé,
j’ai écouté. Il était question de produits anti-contre,
parfaits pour un libertaire de mon acabit, d’une tranche de
vie où les nausées abondent, d’effet aussi secondaires que
ceux du Cap d’Agde, de fatigue et tes sept rats…
Bref, dans deux jours, je fais face au traitement et dixit le
corps médical, si ça constipe au début, après tu chimio.
En deux mots, entre le tourteau et moi, c’est à celui qui
bouffera l’autre. Bref, c’est l’heure de passer à
fable, aucune chance que je traine en route… j’espère
qu’il aime la mayonnaise. J’ai une arme secrète, une
avance sur lui, bref, je suis du cancer, il ne le sait pas…
pas d’occasion m’sieurs, dames, du 9 et je suis un
pince-sans rire…
Dans 30 mn je pars en chimio…. Pas d’internet
sauf samedi et dimanche chez moi…. Joyeux Noël et à
bientôt….